Comprendre le don #01 💚

Comment fonctionne le don d’organes en France ?

Un parcours encadré, précis, et guidé par une seule idée : sauver des vies.

On en parle souvent sans vraiment savoir ce qu’il y a derrière : le don d’organes reste, pour beaucoup, une notion floue, entourée d’idées reçues et de silences. Pourtant, chaque étape du parcours est strictement encadrée par la loi et par des équipes médicales formées spécifiquement à cet accompagnement. Voici, en détail, comment ça se passe, et où en est la France aujourd’hui.

2025, une année record

6 148 greffes d’organes ont été réalisées en France en 2025, un niveau jamais atteint, qui dépasse pour la première fois le précédent record de 2017 (6 120 greffes). Dans le détail : 3 867 greffes rénales, 1 431 hépatiques, 421 cardiaques et 331 pulmonaires.

Cette hausse s’explique notamment par la progression des prélèvements sur donneurs décédés après arrêt cardiaque (« Maastricht III »), +4,3 % sur un an, et par la greffe avec donneur vivant, qui a franchi pour la première fois le seuil des 600 greffes rénales.

Mais le besoin reste immense : au 1er janvier 2026, 23 294 patients étaient inscrits sur liste d’attente, dont 11 642 en liste active, et 966 personnes sont décédées en 2025 faute d’avoir pu être greffées à temps.

Avant tout, les 5 questions à se poser

🫀 Qu’est-ce que le don d’organes ?

C’est le fait de prélever, sur une personne décédée ou parfois vivante, un organe ou un tissu en état de fonctionner, pour le transplanter chez une personne malade dont l’organe défaillant met la vie en danger ou altère gravement la qualité de vie. Le don peut aussi concerner des tissus (cornées, os, peau, valves cardiaques, vaisseaux…), régis par les mêmes principes légaux que les organes.

🫀 Quels organes peut-on donner ?

Après un décès, les organes les plus fréquemment greffés sont les reins, le foie, le cœur, les poumons, le pancréas et parfois l’intestin. Une seule personne décédée peut ainsi sauver ou améliorer la vie de plusieurs receveurs. S’y ajoutent les tissus (cornées, os, peau, artères, veines, valves, tendons), qui ne se prélèvent pas dans les mêmes conditions mais suivent les mêmes règles de consentement. De son vivant, on peut également donner un rein, ou une partie du foie, à un proche.

🫀 Qui peut être donneur ?

En théorie, tout le monde : il n’y a pas de limite d’âge fixée par la loi, et ce sont les médecins qui évaluent, au moment du décès, quels organes sont en état d’être greffés. Ce qui compte, c’est l’état de santé des organes, pas l’âge ni les antécédents médicaux du défunt. Et comme on le verra plus bas, chaque personne est par défaut considérée comme donneuse, sauf opposition exprimée de son vivant.

🫀 Comment fonctionne une greffe ?

Une fois le don confirmé et les organes prélevés, chaque greffon est attribué par l’Agence de la biomédecine au patient compatible le mieux placé sur liste nationale d’attente, selon des critères strictement médicaux (compatibilité, urgence, ancienneté, proximité géographique). L’organe est ensuite transporté en urgence (le temps de conservation varie de quelques heures pour le cœur à plusieurs dizaines d’heures pour le rein), puis transplanté chirurgicalement chez le receveur, qui devra ensuite suivre un traitement immunosuppresseur à vie pour éviter le rejet du greffon.

🫀 Pourquoi le don est-il essentiel ?

Parce qu’il n’existe, à ce jour, aucune alternative artificielle durable à un organe humain défaillant. Chaque donneur peut sauver plusieurs vies : c’est le seul geste de solidarité qui permette, très concrètement, à une personne malade de continuer à vivre, alors que des milliers de patients restent chaque année en attente d’une greffe en France (voir les chiffres 2025 ci-dessus).

En France, tout le monde est donneur, sauf refus exprimé

C’est le principe du consentement présumé : depuis la loi Caillavet de 1976, toute personne est considérée comme favorable au don d’organes et de tissus après sa mort, sauf si elle a exprimé son refus de son vivant, par inscription sur le Registre national des refus ou par témoignage de ses proches. Deux autres principes encadrent le don en France : la gratuité (aucun paiement ne peut être exigé ou versé) et l’anonymat entre donneur et receveur. On reviendra en détail sur le consentement présumé dans un prochain article : c’est la base à connaître pour comprendre tout le reste.

Le détail du parcours, du décès à la greffe

1. Le constat du décès. Le don d’organes est envisagé dans deux types de situations, toujours en réanimation. La plus fréquente (environ 80 % des cas) est la mort encéphalique : l’arrêt total et irréversible du fonctionnement du cerveau, constaté par deux médecins indépendants de l’équipe de greffe, à l’aide d’examens cliniques et d’imagerie, selon un protocole strict fixé par la loi. La seconde, en plein développement, concerne les donneurs décédés après arrêt cardiaque (dit « Maastricht III »), suite à une décision d’arrêt des traitements en fin de vie : 321 greffes en ont résulté en 2025, en hausse de plus de 4 % sur un an.

2. La vérification de la non-opposition. L’équipe de coordination hospitalière interroge systématiquement le Registre National des Refus. Si le nom n’y figure pas, elle interroge obligatoirement les proches sur la position du défunt. C’est là que le taux d’opposition rapporté se révèle déterminant : il atteint 37,1 % au niveau national, avec de fortes disparités régionales (53,5 % en Île-de-France, la région la plus concernée).

3. Les examens de compatibilité. Groupe sanguin, tissulaire, état de santé des organes : une série d’analyses détermine quels organes sont greffables et pour quel type de receveur.

4. L’attribution nationale. C’est l’Agence de la biomédecine qui coordonne, jour et nuit, l’attribution des greffons en France via son système d’information Cristal, au bénéfice de toute personne inscrite sur la liste nationale d’attente. L’attribution suit des règles médicales et éthiques précises (compatibilité, urgence, ancienneté sur liste, proximité géographique), jamais de passe-droit, jamais de critère financier. Selon l’organe et la compatibilité recherchée, l’attente peut durer de quelques mois à plusieurs années.

5. La conservation du greffon. Une fois prélevé, l’organe doit être transporté et transplanté le plus vite possible. Les équipes recourent de plus en plus aux machines à perfusion, qui irriguent le greffon en continu (parfois avec oxygène et nutriments) pour prolonger sa durée de conservation, tester sa qualité et améliorer les résultats de la greffe : une innovation désormais financée pour le rein, le foie et le poumon.

6. Le prélèvement et la greffe. Le prélèvement est réalisé chirurgicalement, avec le même respect du corps qu’une opération classique ; les incisions sont refermées et le corps est rendu à la famille, qui peut organiser les obsèques de son choix. Aucun frais n’est jamais demandé à la famille.

Le don du vivant, une voie complémentaire

Il est aussi possible de donner un organe de son vivant (le plus souvent un rein, parfois une partie du foie) à un proche ou, via le don croisé, à un inconnu compatible en échange d’un donneur compatible pour son propre proche. En 2025, 603 greffes rénales et 11 greffes hépatiques ont été réalisées à partir de donneurs vivants, dont 8 issues de dons croisés. C’est une voie encore minoritaire (15,6 % des greffes rénales) mais en progression constante.

Pourquoi ça nous concerne toutes et tous

L’Île-de-France reste la région où le taux d’opposition au don est le plus élevé de France. Et le baromètre d’opinion 2026 de l’Agence de la biomédecine confirme une tendance préoccupante : les jeunes de 16 à 24 ans se déclarent moins favorables au don et moins bien informés que la moyenne de la population, notamment du fait de la circulation de fausses informations sur les réseaux sociaux. Autre donnée marquante : quand la personne décédée est jeune, ses proches s’opposent plus souvent au prélèvement que lorsqu’il s’agit d’une personne plus âgée.

Comprendre comment fonctionne réellement le don d’organes, c’est déjà un premier pas pour se faire sa propre opinion, et, surtout, pour en parler autour de soi.

💚 Prochain article : le consentement présumé expliqué simplement, ce que ça change vraiment pour vous et vos proches.

Sources

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